Formation statistique : le CAPESA fait le pont entre l’Afrique et la France

Si l’excellence des écoles de statistique africaines n’est plus à démontrer, elle repose en partie sur le travail du CAPESA, dont la mission va bien au-delà d’un appui technique à la sélection des étudiants. A Yaoundé, Dakar ou Abidjan, on parle aussi formation continue et recherche : le CAPESA fait le pont entre l’Afrique et la France.


Penché sur la liste des étudiants admis sur titre à l’ENSAI, François Coquet ne masque pas son enthousiasme. « Nous accueillons cette année une élève de l’ENSEA lauréate du programme de bourses Eiffel, c’est un vrai gage d’excellence et le reflet de la très bonne formation académique que cette élève a reçue à Abidjan ». Professeur des Universités et enseignant-chercheur en statistique à l’ENSAI, François Coquet a pris, fin 2017, la direction du Centre d’Appui  aux Ecoles de Statistique Africaines. Le CAPESA est l’organe organisateur des concours d’entrée à l’ISSEA de Yaoundé, à l’ENSAE de Dakar et à l’ENSEA d’Abidjan. Créé il y a près de 15 ans par l’Insee, il est le fruit d’une vraie relation de confiance qui remonte aux premières actions de coopération menées dans les années 60-70. La France accompagnait alors les pays d’Afrique francophone dans le développement de leur propre système de production statistique. En plus de sa redoutable efficacité opérationnelle, l’appui technique du CAPESA garantit l’intégrité du processus de sélection. « 6000 candidats, représentant une vingtaine de pays d’Afrique francophone, se présentent chaque année aux concours. Cela suppose une organisation sans faille » indique Laure Miambaye Loungoumouka, cheville ouvrière du dispositif de recrutement, par ailleurs réputé pour sa rigueur. « Il y a une très forte sélectivité à l’entrée : seuls 5% des candidats sont admis. Les élèves qui intègrent les écoles de statistique de Yaoundé, Dakar ou Abidjan ont un très bon niveau académique » souligne François Coquet.

 

ENSAI et ENSAE travaillent ensemble
Chaque année, l’ENSAI et l’ENSAE recrutent chacune entre 5 et 10 étudiants issus de ses « écoles sœurs » africaines. Titulaires du titre d’Ingénieur des Travaux Statistiques (ITS) ou d’Ingénieur Statisticien Economiste (ISE), ces étudiants d’un autre continent viennent compléter leur cursus par deux années de formation en France. L’ENSAI et l’ENSAE travaillent ensemble pour leur offrir les meilleures conditions de mobilité internationale. Des bourses spéciales ont ainsi été mises en place pour les moins favorisés. Brillants, extrêmement motivés, ils profitent ensuite de l’écosystème professionnel qui gravite autour des deux écoles pour embrasser une carrière dans des groupes internationaux. Si la grande majorité des diplômés africains travaillent en France, la stratégie de développement de plusieurs grandes entreprises passe par le continent africain. Des opportunités de retour au pays avec des perspectives professionnelles intéressantes commencent ainsi à se dessiner.

 

« A l’instar des écoles occidentales,
les écoles africaines ont vocation à développer
leurs activités de recherche
»

François Coquet

 

Doubles diplômes
La mission du CAPESA va bien au-delà de l’organisation des concours d’entrée aux écoles. Le Centre participe activement à l’amélioration des enseignements. En qualité d’expert, François Coquet est ainsi associé à l’évolution des cursus. Depuis 2018, l’ENSAE et l’ENSAI ont d’ailleurs officiellement créé des doubles diplômes avec les filières d’Ingénieur Statisticien Economiste de l’ISSEA de Yaoundé, l’ENSAE de Dakar et l’ENSEA d’Abidjan. Les étudiants feront désormais deux années de scolarité en Afrique et deux années de scolarité en France, avec à la clé un vrai double diplôme. Pour François Coquet, « c’est une reconnaissance mutuelle de la qualité des formations et cela va ouvrir un nouveau potentiel de candidats ». Preuve de cette réputation grandissante, l’ENSEA d’Abidjan est devenue récemment « Centre d’Excellence Africain* ». Ce label a été décerné à 19 établissements d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale par la Banque Mondiale qui mobilise 150 millions de dollars pour accélérer la transformation de l'enseignement scientifique et technologique sur le continent. L’intégration au réseau d’une nouvelle école Béninoise est par ailleurs à l’étude.

 

Vers une école doctorale
Porté par cette dynamique, le CAPESA explore de nouveaux axes de coopération. « A l’instar des écoles occidentales, les écoles africaines ont vocation à développer leurs activités de recherche » souligne François Coquet. Traduction : une école doctorale devrait voir le jour à moyen terme. En attendant, deux doctorants bénéficient d’ores et déjà d’un co-encadrement partagé entre l’ENSAE Dakar et l’ENSAI. Idem sur la formation continue. Un transfert de compétence entre ENSAE-ENSAI Formation Continue et les écoles africaines est parfaitement envisageable. Pour François Coquet, l’enjeu est clair : « nous entrons dans un nouveau cycle qui doit nous amener à renforcer nos liens, élargir le champ de nos actions afin de bâtir un réseau académique africain solide et favoriser ainsi la mobilité intra-africaine ». Beau programme en perspective.




*l’ENSEA d’Abidjan a reçu le label au nom des trois écoles : Abidjan, Dakar et Yaoundé.


Le site du CAPESA : http://capesa.ensai.fr/

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